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Achta et sa famille face à la crise alimentaire au Tchad

Achta (à droite) à l'extérieur de sa maison, avec sa mère et ses frères et sœurs. © Rodolphe Goupil

24/10/2012 – A l’est du Tchad, cette année, la sécheresse a fait chuter de plus de 50 % la production de céréales par rapport à 2010, une année déjà difficile. Conséquence de cette faible production: les habitants des cantons de Kado et Bardé sont entrés en période de soudure en mars 2012, au lieu du mois de juillet en temps normal.

Pour répondre à cette situation, Première Urgence – Aide Médicale Internationale (PU-AMI), avec un soutien financier d’ECHO d’un million d’euros, a organisé une quinzaine de foires aux vivres pour 32,700 habitants de ces régions entre avril et octobre, pour leur permettre de se nourrir jusqu’aux prochaines récoltes.

Une adolescente tchadienne, Achta, explique les conséquences de cette crise alimentaire et de la réponse humanitaire sur elle et sa famille.

Achta Souleyman Mahmat a 15 ans. Elle est scolarisée en classe de CM2 dans le village d’Arkoum à quelques encablures de la frontière soudanaise. Achta est issue d’une famille de onze enfants.
L’ensemble de la famille vit sous le même toit d’un Toukoul traditionnel. Un espace rond et une toiture formés par un assemblage de tiges de mil, serré. Au sol, du sable brut. L’espace représente environ six mètres carré où l’ensemble de la famille réside. A l’extérieur un second toukoul de la même dimension sert de cuisine. Un troisième plus modeste encore et bâché par du plastique de récupération assure une chambre annexe pour les aînés.

Des yeux noirs comme de l’encre et expressifs à souhait, un grand sourire, l’adolescente reste digne. Elle confie pudiquement ses impressions sur cette période transitoire et difficile de crise alimentaire que la famille doit affronter. « Comme vous pouvez vous en rendre compte nous sommes pauvres. Nous avons eu des difficultés pour nous nourrir » explique Achta qui poursuit « mais avec l’aide de PU-AMI, ma famille et moi, nous avons pu refaire notre stock. Maintenant nous mangeons à notre faim. »
Depuis le mois de mars les stocks de nourriture sont à sec. Le sorgho, le mil et l’arachide qui composent l’alimentation de base des populations locales ont disparu des greniers familiaux et des étals des marchés.
Le chef de famille exploite une terre dégradée par un manque de diversité de culture. Quant à la dernière récolte ? Elle s’est avérée catastrophique. La prochaine semblerait être plus productive selon les experts agricoles de l’ONG. Tout dépendra de la saison des pluies que connait actuellement la région du Ouaddaï.

Dans cette zone située à l’Est du Tchad, le long de cette bande sahélienne, le soleil fait rage et les températures peuvent aisément atteindre les 50 degrés pendant la saison sèche mais le schéma s’inverse radicalement en saison humide. Les pluies diluviennes s’abattent sur le territoire, remplissent spontanément les ‘ouaddi’ (rivières) dont le franchissement devient périlleux et inondent les cultures. Parfois trop. Ce qui engendre un pourrissement de la production à venir. Pas de justes milieux donc dans ces contrées inhospitalières à l’agriculture.

Lors des foires aux vivres organisés par PU-AMI, les familles les plus vulnérables échangent des vivres contre des coupons auprès des producteurs et grossistes locaux. Ces derniers viennent ensuite échanger ces coupons contre une rémunération fournie l’ONG. Ces foires sont aussi un moyen de soutenir le marché local.

La famille d’Achta a pu ainsi récupérer des rations importantes de mil pénicilaire et de sorgho, de l’huile, des légumineuses, des tomates séchées, du sel afin de combler les carences du moment. Avec cette ration, les familles peuvent se nourrir pendant deux mois. Sans cette aide immédiate, ces populations seraient soumises à la famine et toutes les maladies qui en découlent, avec un taux de mortalité qui ne cesserait de croître comme ce fut le cas dans un passé proche. L’espoir est donc revenu au cœur de cette famille tchadienne de l’est sahélien.

Story and photo by Rodolphe Goupil
PU-AMI (Première Urgence – Aide Médicale Internationale)

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