En revenant de Paris…

June 30, 2013

J’étais invité la semaine dernière à Paris par le Sénat et l’Assemblée nationale pour débattre de la gouvernance  économique de l’Europe et des recommandations économiques adressées à la France par la Commission.

Paris si proche… et  parfois si éloignée de Bruxelles, me disais-je en montant dans le Thalys.

Mais au retour, après une journée d’échanges directs et francs avec les députés et les sénateurs, j’étais convaincu que les positions de la France et de la Commission n’étaient pas si éloignées. J’ai pu constater le fort attachement européen d’une très large majorité des élus français, de tous bords. Les doutes ou les critiques exprimées, parfois amplifiées jusqu’à la distorsion, sont naturels. Mais la conviction est commune: la sortie de crise ne peut être qu’européenne. Et nous avons tous besoin d’une France politiquement forte et engagée pour l’Europe.

Ces échanges réguliers sont pour moi une avancée politique de la nouvelle gouvernance économique de l’Europe. A Paris, je me suis attaché à démontrer que nos recommandations aux Etats n’étaient pas un « diktat ». Elles donnent des orientations pour augmenter le potentiel de croissance, renforcer la compétitivité et créer des emplois. Elles définissent des objectifs. Il appartient aux Etats de définir les moyens pour les atteindre.

En France, comme ailleurs, les réformes sont aussi difficiles que nécessaires. Malgré certaines images trop simplistes, il n’y a pas de contradiction entre des comptes publics équilibrés et une politique de croissance via des réformes économiques.

Je l’ai dit à mes interlocuteurs: la Commission défend une application intelligente du Pacte de stabilité et de croissance, prenant en compte les efforts pour réduire les déficits structurels. En effet, dans un contexte économique difficile, la France a fourni depuis 2010 l’effort de réduction du déficit structurel auquel elle s’était engagée vis-à-vis de la Commission et des autres Etats membres. D’après notre analyse, une extension d’une seule année aurait prolongé la stagnation économique actuelle. Nous avons donc jugé raisonnable de proposer deux années supplémentaires pour ramener le déficit nominal de la France sous les 3%. Ces deux années doivent être mises à profit pour soutenir la croissance, pour assurer la soutenabilité à long terme des comptes publics et pour mettre en œuvre les réformes nécessaires à la compétitivité, comme souligné par les leaders européens vendredi dernier.  

Nous devons agir et notre rôle est d’aider la France dans cette bataille. Nous avons donc recommandé une impulsion nouvelle en faveur de l’apprentissage tout au long de la vie et l’appui aux chômeurs et employés des secteurs d’activité en difficulté. Nous avons également recommandé à la France de réduire davantage le coût du travail, en particulier à travers une baisse des cotisations sociales, et de simplifier l’environnement économique des entreprises, notamment des PME, pour améliorer leur capacité d’innovation et d’exportation. La réforme des régimes de retraite devrait être précisée par le gouvernement d’ici la fin de l’année, à la suite d’un dialogue avec les partenaires sociaux, pour combler un déficit qui sinon pourrait dépasser 20 milliards d’euros d’ici 2020.

Des initiatives importantes ont déjà été lancées par le gouvernement français, comme le Pacte pour la Compétitivité en novembre 2012 et l’accord entre partenaires sociaux sur la réforme du marché du travail. Je m’entretiens régulièrement de ces questions avec Pierre Moscovici. Je veux passer un message d’encouragement.

 

Ne cherchez plus la potion magique

Je suis fan des BD d’Astérix et je conserve précieusement ma collection à Bruxelles. Pour un « barbare du nord», ces aventures d’Astérix et Obélix ont joué un rôle culturel  non négligeable. Je me souviens notamment de l’album « Obélix et compagnie », véritable traité de politique économique. Poussé par l’interventionnisme de l’empire romain, le village de nos sympathiques gaulois se retrouve à stimuler artificiellement sa production de menhirs. Ce mauvais choix économique de court terme provoque la zizanie entre les villageois. Ils doivent surmonter leurs désaccords pour échafauder une stratégie plus maline et, surtout, plus durable, tout en repoussant les romains.

La France du 21ème siècle n’a plus la potion magique de Panoramix. Mais elle dispose encore de nombreux atouts, pour accomplir des réformes difficiles mais indispensables. La France doit retrouver l’audace d’Astérix! Elle peut compter sur la solidarité des autres habitants du « village global » européen.

En revenant de Paris, je suis convaincu que le Gouvernement français et une majorité de parlementaires partagent cette attitude offensive, malgré les difficultés et l’ampleur du défi à relever.

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