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Former des traducteurs spécialisés dans un contexte de mondialisation : l’internationalisation comme atout pour une formation pertinente et de qualité supérieure

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Daniel Linder (directeur du programme, 2017-2021), M. Rosario Martín Ruano (directrice du programme, 2010-2016 et à partir d’octobre 2021), María Cantarero Muñoz et Margarita Savchenkova (anciennes étudiantes), Master en traduction et médiation interculturelleUniversidad de Salamanca, Espagne

Traduction : étudiants du master “Traduction spécialisée multilingue” de l’Université de Lille dans le cadre de leur Skills Lab

Comment bien former les traducteurs spécialisés ? Depuis des décennies maintenant, c’est une question fondamentale qui revient souvent. Sans aucun doute, cette question est devenue cruciale au moment où les établissements d’enseignement supérieur du monde entier ont commencé à proposer des formations en traduction spécialisée. Les modèles, conceptions et approches de la formation en traduction varient en fonction de la situation géographique. Cela démontre qu’il n’est pas facile de répondre à cette question de manière figée, en partie parce que la réalité et les besoins en traduction sont très variés et dépendent des contextes linguistiques, culturels, politiques et institutionnels. Cette question était et reste au centre d’initiatives particulièrement utiles prises par les associations professionnelles, les universités et les institutions qui, outre les particularités propres à chaque contexte, ont cherché à identifier les compétences de bases qu’un traducteur professionnel doit posséder pour être efficace et compétitif sur les marchés actuels. Parmi ces initiatives se trouve le célèbre référentiel de compétences EMT qui reprend les différentes compétences requises en traduction. Il a été publié pour la première fois en 2009, puis revu en détail en 2017, au vu des grands changements qui ont révolutionné les besoins du marché et de la profession. Quoi qu’il arrive, quelles que soient la pertinence et la précision des réponses déjà apportées, la question des éléments qui permettent de garantir une bonne formation des traducteurs spécialisés se pose toujours et doit continuer à se poser, notamment en raison de la nature changeante et pluridimensionnelle de la traduction. De ce fait, nous pourrons continuer à introduire de nouvelles idées afin de garantir que les traducteurs en formation ainsi que les experts en communication multilingue et interculturelle disposent des bons outils pour répondre aux défis actuels et futurs. En clair, notre mission est de former de la meilleure manière qui soit les professionnels qui seront chargés de traduire et de proposer des prestations de services linguistiques, dans un milieu en rapide et constante évolution et au sein duquel le concept même, la compréhension, les défis et les perspectives de la traduction et la façon de communiquer en général changent chaque jour et à chaque minute. Le défi : les préparer à une réalité professionnelle qui reste, par définition, encore à découvrir.

1. La spécialisation en tant qu’axe central de la formation

En 2012-2013, l’Universidad de Salamanca a eu l’opportunité et le privilège de diriger le groupe de travail WP5.2 du projet européen OPTIMALE. Une équipe de chercheurs venus d’une vingtaine d’universités ont examiné les défis des domaines de spécialisation au sein des programmes de formation des traducteurs. En novembre 2016, un atelier du forum Translating Europe Worshop intitulé « La spécialisation dans la formation des traducteurs et le développement professionnel continu : défis et possibilités » consacré à ce même sujet, s’est tenu à la Facultad de Traducción y Documentación de Salamanca[i].  Bien qu’un peu plus de cinq ans plus tard, notamment en raison des progrès et de la démocratisation de la traduction automatique, notre enseignement quotidien et notre pratique professionnelle aient connu des changements majeurs, les conclusions tirées de ce groupe de travail et de la conférence de 2016 sont toujours valables et très instructives. Elles nous permettent de continuer à chercher des réponses à la question que nous devons tous nous poser, sans cesse.

Le rapport de synthèse du groupe WP5.2. du projet OPTIMALE sur la spécialisation[ii] (Martín Ruano, Daniel Linder, Fernando Toda Iglesia et Jorge Juan Sánchez Iglesias, 2013), démontre que le concept de (domaine de) « spécialisation » et les moyens d’y parvenir doivent être abordés de manière critique et innovante, et non comme un objectif qui doit être pleinement atteint à la fin des études. Ceci afin de permettre aux étudiants d’y parvenir dans une certaine mesure et de l’envisager en tant qu’objectif à long terme (autrement dit, tout au long de leur carrière) et comme une volonté permanente et inaliénable qui doit être développée en tant que compétence essentielle et être entretenue tout au long de leur vie professionnelle. En effet, le rapport démontre qu’à notre époque, la vision traditionnelle de la connaissance en tant que stock d’idées pouvant être transmis et acquis de manière réaliste a cédé la place à des approches selon lesquelles la connaissance est considérée comme indissociable des pratiques sociales et où tout domaine professionnel et disciplinaire est, par définition, interdisciplinaire. Ainsi, toute tentative de spécialisation doit également tenir compte de cette conception dynamique et socialement ancrée de la connaissance, ainsi que la prise de conscience de l’interdisciplinarité comme caractéristique clé des réalités disciplinaires et professionnelles actuelles. L’analyse de l’offre de spécialisation dans les différents programmes du réseau EMT (c’est-à-dire la spécialisation en traduction basée sur un domaine spécifique et les modalités et/ou activités de traduction étroitement liées à la traduction abordées dans les programmes d’études) et des méthodologies et ressources utilisées dans les différents programmes pour faire avancer le projet de spécialisation des étudiants a mis en évidence la grande diversité des centres d’intérêt ainsi que des méthodes d’enseignement et d’apprentissage.

Comparer les programmes de différents masters du réseau en termes de (domaines de) spécialisation a permis de faire émerger des solutions comme la mise en place de programmes d’études visant à un haut degré de spécialisation dans la traduction et les pratiques liées à la traduction dans des domaines et des contextes professionnels très particuliers, ou encore des programmes d’études donnant aux étudiants la possibilité d’être initiés à un large choix de sujets, domaines, rôles et compétences professionnelles. Il a par ailleurs été observé que chaque formation a atteint l’objectif de la spécialisation d’une manière différente dans chaque cas. Ce qui est loin d’être considéré comme un inconvénient. Cela montre que chaque université, inscrite dans une réalité académique, linguistique, culturelle et politique différente, a fait en sorte de trouver la meilleure combinaison possible en fonction des ressources et des possibilités qui lui sont offertes, des circonstances environnantes et des contraintes existantes et en les harmonisant. Malgré l’hétérogénéité des offres de formation, très distinctes, certaines idées communes sont ressorties : 

  • Il est certain que « actuellement, le marché exige que tous les professionnels [les experts qui traduisent et les traducteurs spécialisés travaillant dans des domaines très spécialisés] fassent preuve de flexibilité et d’adaptabilité. Ils doivent également être curieux, volontaires et disposés à approfondir leurs connaissances techniques par eux-mêmes, de manière cohérente. Ils doivent se renouveler en permanence, être en mesure de jouer le rôle de passeur d’informations et de médiateurs transculturels dans des domaines en constante évolution, qui subissent d’importants changements et qui établissent des connexions interdisciplinaires parfois inattendues et surprenantes ».
  • Il est important de convaincre les étudiants de la nécessité de poursuivre leur formation, de se spécialiser par eux-mêmes tout au long de leur carrière et de leur fournir les bons outils pour atteindre cet objectif : « la polyvalence, l’adaptabilité et la capacité d’autoformation et d’apprentissage sont également des compétences qui doivent être acquises dans tous les programmes de formations en traduction, quel que soit le degré de spécialisation ».
  • L’atteinte d’un niveau de spécialisation suffisant par les étudiants leur permettant de relever les défis du marché ne dépendait et ne dépend pas essentiellement de la présence d’une matière ou d’un module particulier, puisque les pistes de spécialisation et les techniques d’apprentissage proposées et suivies sont nombreuses et variées. Elles dépendent de nombreux facteurs individuels et contextuels. Il a finalement été conclu que « la spécialisation doit être considérée comme le résultat, non pas nécessairement d’unités d’enseignements spécifiques distinctes, mais de programmes entiers qui offrent aux étudiants la possibilité d’avancer dans leur projet de domaine de spécialisation par le biais d’une construction de leur identité sociale, à la fois cohérente et multidimensionnelle. Pour ce faire, les programmes des masters doivent prendre en compte l’ensemble des modèles de formation et des méthodologies d’enseignement/d’apprentissage et déterminer ceux qui permettent le mieux aux étudiants d’adopter des habitudes de travail communément utilisées dans les domaines qu’ils étudient et d’atteindre le haut degré de spécialisation attendu par la formation. Ces programmes doivent également enseigner des stratégies d’auto-formation, une compétence absolument essentielle dans un monde où la spécialisation est un processus d’apprentissage perpétuel, qui se fait tout au long d’une carrière ».

Ce rapport a également dressé une liste de quelques éléments souvent compris dans les programmes de formation qui se sont avérés efficaces à la formation de traducteurs suffisamment spécialisés : familiarisation des étudiants avec de nombreux domaines thématiques ainsi qu’avec les particularités des discours spécialisés de certains domaines de spécialité ; mise en évidence des compétences transversales pour une gestion des contenus appropriée, en particulier des stratégies d’extraction d’information et de gestion terminologique ; acquisition progressive d’une méthodologie de traduction par l’intermédiaire d’activités pédagogiques et d’opportunités en adéquation avec les exigences concrètes et les conditions du marché, mais aussi, idéalement, en partenariat avec les acteurs du marché ; application de méthodologies axées sur les étudiants, en favorisant l’acquisition intégrale des nombreuses compétences transversales et des aptitudes nécessaires aux traducteurs professionnels ; intégration appropriée de la théorie qui sera utilisée comme base pour développer leur esprit analytique et du regard critique qui est attendu et apprécié chez les traducteurs professionnels ; intégration de la technologie pour la formation des traducteurs, et enfin, la promotion d’activités interdisciplinaires et collaboratives, par exemple, avec le personnel provenant d’autres départements, des acteurs du secteur compétents ou encore des parties prenantes, ou des organisations professionnelles.

Indéniablement, l’association de ces éléments dans une proportion, un dosage et une hiérarchisation appropriés aux caractéristiques et aux besoins des différents contextes de formation augmente les garanties possibles de la qualité de la formation. Les étudiants sont alors prêts à entrer sur le marché, en prenant conscience de celui-ci tout en encourageant le développement d’un esprit critique attendu des diplômés universitaires. Cependant, de multiples autres ingrédients garantissent une formation plus appétissante et nourricière. Comme nous pouvons également le certifier à l’Universidad de Salamanca, une forte internationalisation est un facteur qui enrichit encore plus le programme de formation, l’expérience des étudiants et leur aptitude à l’emploi. Dans cette optique, rappelons qu’aujourd’hui, la formation des traducteurs spécialisés revient à présenter aux étudiants un large éventail de débouchés liés à grand nombre de situations professionnelles interdisciplinaires dans les marchés internationaux ayant une demande en traduction, mais aussi à les préparer à anticiper les perspectives professionnelles futures et les besoins du marché.

D’après notre expérience, nous pouvons souligner que la présence d’un pourcentage élevé d’étudiants internationaux dans la salle de classe génère un environnement multiculturel enrichissant qui permet, voire incite, à la fois les étudiants et les professeurs à penser aux perspectives de traduction au-delà du cadre souvent étroit, de ce qui, à l’heure de la mondialisation et de notre société ultra connectée, est souvent considéré de manière trop restreinte comme la « culture cible ». À titre d’exemple, dans ce cas précis, les avis des étudiants latino-américains à propos du master aident les étudiants à prendre conscience de la diversité et des différences culturelles, y compris au sein d’une même langue, et de trouver des réponses plus élaborées, plus complexes et exactes à la question : que signifie et implique aujourd’hui la traduction d’un texte dans une langue polycentrique telle que l’espagnol ? En outre, la participation des étudiants à des modules de traduction dans des couples de langues dépourvus de leur langue maternelle et qui sont différents des langues de travail de leur future carrière de traducteur n’est pas seulement un autre élément qui enrichit les discussions en classe à propos de ce qui constitue une traduction appropriée et acceptable dans un contexte et objectif particuliers, mais en soi, elle reflète également l’importance de garder un œil sur les compétences et aptitudes méthodologiques, transversales et transférables de la formation. La diversité des origines géographiques, des expériences personnelles et professionnelles du personnel enseignant attitré ainsi que des intervenants extérieurs garantit un processus de socialisation varié, riche et diversifié de la formation en traduction spécialisée. La collaboration entre chercheurs universitaires, professionnels, institutions et organisations provenant du monde entier permet également d’être exposé de façon régulière à une abondance de points de vue sur la profession et d’avoir accès à une multitude d’informations relatives aux différentes méthodes de travail et aux diverses évolutions de carrière. La période de formation aide à découvrir où et comment nouer des contacts et débouche toujours sur la constitution d’un réseau professionnel concret. Une formation à la traduction très internationalisée élargit l’horizon des futurs traducteurs. À long terme, le fait de présenter aux étudiants les pratiques et les perspectives qui existent dans le domaine de la traduction et de l’interprétation à l’échelle mondiale finit par porter ses fruits de façon cyclique puisque le réseau d’anciens élèves du programme, qui s’est avéré être un moyen idéal pour les établissements de formation pour suivre l’évolution du marché, devient également plus international et plus diversifié. D’après notre expérience, l’internationalisation se révèle un atout supplémentaire particulièrement utile qui vient garantir la qualité et la pertinence de la formation.

2. L’internationalisation comme élément essentiel au développement de la spécialisation

Parallèlement à son appartenance au réseau EMT, lancé en 2009, l’Universidad de Salamanca, en Espagne, propose le master en traduction et médiation interculturelle (MUTMI). Ce master appartient à deux réseaux qui nous mettent en relation avec des universités européennes partenaires (METS et MATEM) ainsi qu’à deux autres réseaux qui nous rapprochent fortement des principales organisations internationales (MoU et UCG). Ces sigles, que nous avons l’habitude d’employer, désignent, de diverses manières, une formation spécialisée et une professionnalisation à la traduction spécialisée dans les domaines institutionnels et juridiques.

Depuis 2014, nous sommes membres d’un consortium d’universités proposant la Mobilité Européenne en Traduction Spécialisée (METS). En offrant le programme METS, nous recevons des étudiants d’autres universités du réseau, ce qui augmente ainsi l’internationalisation de nos étudiants en master. Nous avons la possibilité d’envoyer cinq diplômés en traduction et interprétation de l’USAL dans des universités partenaires françaises, belges, néerlandaises, allemandes ainsi qu’italiennes, ce qui accroît l’internationalisation de nos anciens diplômés en licence. En 2021-2022, deux étudiants de l’USAL ont fait le choix de partir avec le programme METS en France, en Belgique, au Royaume-Uni, mais aussi en Italie, et cinq autres étudiants d’universités belges et françaises ont décidé de partir à Salamanque grâce au programme METS.

Depuis 2018, nous proposons un programme de double diplôme avec l’Universität Heidelberg (Allemagne), le MATEM (master en traduction spécialisée et médiation interculturelle). Ce programme ne dure que deux ans et n’accueille que dix étudiants maximum. La première année se fait à Salamanque et la deuxième à Heidelberg. Une fois les 120 crédits du programme obtenus, les étudiants reçoivent deux diplômes : le diplôme du master en traduction et médiation interculturelle de l’USAL, mais aussi celui du master des sciences de la traduction (M. A. Übersetzungswissenschaft) de l’Universität Heidelberg. La promotion de 2019-2020, composée de sept étudiants, a été la première à être diplômée. Celle de 2021-2022 sera la quatrième du programme.

Au fil du temps, des étudiants d’horizons très différents ont été attirés par nos programmes, notamment des étudiants venant d’Amérique latine et d’Amérique du Nord, mais aussi des étudiants d’autres pays de l’espace européen de l’enseignement supérieur, de Chine, ou encore de pays francophones d’Afrique du Nord. En décembre 2018, une enquête de satisfaction a été menée auprès des 207 personnes alors diplômées, ce qui a permis de recueillir 57 réponses. L’une des questions leur demandait d’évaluer la collaboration entre le master en traduction et médiation interculturelle, les institutions internationales et les réseaux. Sur une échelle de 1 à 5, 29 participants ont choisi 3 ou plus (soit 77,2 %).

De plus, depuis 2009, l’USAL a conclu un accord de partenariat avec l’ONU (intitulée mémorandum d’accord, MoU). Tous les deux ans, le réseau d’universités MoU se réunit au siège de l’ONU ou dans une des universités membres du réseau. Le coordinateur de ce partenariat, Daniel Linder, était membre du groupe de discussion sur la « réduction de texte » lors de la 5e conférence (siège de l’ONU, New York), et de celui sur la « mise en place des MoU : perspectives universitaires », lors de la 6e conférence (Institut des études internationales de Middlebury, Californie). À l’occasion de la 7e conférence (ESCWA, Beyrouth), Icíar Alonso, coordinatrice, accompagnée d’un autre maître de conférences, ont pris part à la session-débat sur la traduction et l’interprétation. L’ONU organise des séances d’informations ainsi que des ateliers de formation dans nos salles de classe réelles et virtuelles. L’organisation propose chaque année le concours de traduction Saint-Jérôme, remporté en 2019 par une étudiante de l’USAL, Julia Pozuelo Menéndez. L’Universidad de Salamanca est la seule université d’Espagne à avoir signé un accord MoU avec l’ONU, ce qui constitue un atout compétitif qu’il convient de promouvoir davantage. L’accord MoU avec les Nations Unies est un exemple clair de l’internationalisation de notre master, mais ce n’est pas le seul.

En effet, depuis 2009, l’Universidad de Salamanca est également membre du Groupe de contact avec les universités (GCU). Ce groupe est composé d’universités offrant des formations en traduction et de représentants d’organisations internationales qui utilisent la traduction. Ces derniers font partie d’un réseau d’institutions qui emploient des prestataires de services linguistiques et de conférences : l’IAMLADP (Réunion annuelle internationale concernant les services linguistiques, la documentation et les publications). Une fois par an, ce groupe se réunit au Parlement européen dans le but de promouvoir l’échange d’informations, une coopération multilatérale ainsi qu’un bon relationnel entre les universités et les institutions internationales. Du 24 au 26 septembre 2019, une réunion spéciale a été organisée à l’Université des études internationales de Shanghai (Shanghai International Studies University), et ce, avec la participation du coordinateur de l’USAL, Daniel Linder. Avec le soutien du GCU, le 8e séminaire sur la traduction juridique et institutionnelle pour les organisations internationales a été organisé du 17 au 21 février 2020, autour de deux axes thématiques : d’une part, la technologisation et la mondialisation, et, d’autre part, l’accessibilité et le respect de la diversité (https://diarium.usal.es/stjuridica/, site en espagnol et en anglais). Le 9e séminaire devrait se tenir à Salamanque en février ou mars 2023. Lors des séminaires, les étudiants peuvent participer en tant qu’assistants ou volontaires. Ils effectuent ainsi des tâches liées à l’information, à l’accueil des intervenants, mais aussi à l’interprétation entre les langues officielles. Pour les futurs traducteurs et médiateurs linguistiques, cet élément non formel du programme d’études est sans aucun doute très formateur et éclairant, tant sur le plan personnel que professionnel.

Ces relations de réseaux et de partenariats permettent aux étudiants en master de bénéficier de financements et d’un soutien organisationnel pour des événements comme le Translating Europe Workshop (TEW) mentionné à la section 1. La direction de Salamanque saisit ces opportunités pour organiser des événements rassemblant des membres d’organisations internationales, d’associations professionnelles, mais aussi des spécialistes de la traduction et de l’interprétation. Ces événements permettent de rechercher des solutions profitables pour tous par le biais de tables rondes thématiques et de débats ouverts à toute personne présente. En novembre 2019, nous avons organisé un deuxième TEW sur le thème suivant : « Traduction et interprétation professionnelles indépendantes. Renforcer l’aptitude à l’emploi, fournir des services externalisés et assurer la qualité ».

3. Témoignages de deux diplômées devenues chercheuses et traductrices professionnelles : les avantages de la spécialisation et de l’internationalisation

Les témoignages de deux étudiantes récemment diplômées du master en traduction et médiation interculturelle de l’Universidad de Salamanca illustrent l’impact de l’internationalisation à différents niveaux au sein du programme MUTMI.

María Cantarero Muñoz, étudiante lors de l’année universitaire 2016-2017, nous partage son point de vue :

Du point de vue d’une étudiante de master ayant interagi et collaboré avec des camarades de classe issus de différentes régions du monde, j’estime que l’internationalisation du master est essentielle. La diversité qui règne en classe nous aide à appréhender différemment chaque tâche ou projet de traduction auxquels nous sommes confrontés en tant qu’étudiants. Cela permet également de tisser un réseau de collaboration entre étudiants et de l’étendre au-delà du cadre de la formation.

Par ailleurs, certains étudiants peuvent déjà mettre en pratique ce qu’ils ont appris tout au long du master et poursuivre leur apprentissage dans des environnements internationaux tels que l’Union européenne au cours de l’année universitaire (ou des années, dans le cas du programme MATEM), comme ce fut mon cas. Après avoir postulé et été retenue pour un stage non rémunéré de quatre semaines auprès de la direction générale de la traduction de la Commission européenne, j’ai profité de l’occasion pour poursuivre l’apprentissage de la profession dans un contexte spécifique. Ce type d’expérience professionnelle élargit notre vision de l’activité de traduction et nous permet de rencontrer d’autres professionnels du secteur.

Tout cela transparaît sur le plan de la professionnalisation et de l’activité professionnelle des étudiants au terme du master. Nombre de mes camarades de classe espagnols travaillent désormais dans différentes régions d’Europe ou dans des environnements de travail internationaux.

À mon avis, l’accueil des étudiants, dans un premier temps, puis leur départ vers des environnements de travail internationaux, dans un second temps, représentent sans aucun doute un dispositif inestimable pour de futurs professionnels de la traduction. Les taux d’emploi et les diverses orientations professionnelles des anciens étudiants en sont la preuve.

María a terminé son doctorat en 2021. Sa thèse portait sur une approche traductologique des nouveaux textes numériques, notamment dans le domaine de la publicité. Durant l’année 2021-2022, elle a participé au programme du master en contribuant à l’enseignement de la matière « Traduction pour l’industrie de l’édition et les médias ».

Margarita Savchenkova a rejoint le master en traduction et médiation interculturelle pour l’année 2019-2020 :

Bien que j’aie travaillé comme traductrice et interprète indépendante avant d’intégrer le master, je tiens à souligner que ce programme a marqué un tournant dans ma carrière et qu’il m’a ouvert de nouveaux horizons, me permettant notamment de m’épanouir professionnellement. Au début du programme, j’avais des doutes sur mes capacités, car ma combinaison linguistique de travail était l’anglais et l’espagnol, alors que ma langue maternelle est le russe. Cependant, grâce à la formation que j’ai suivie, je me sens aujourd’hui plus confiante lorsque je dois traduire vers l’espagnol, ou depuis l’anglais. Je pense que la confiance en soi, tout comme la curiosité, est l’une des qualités principales d’un traducteur.

Le programme du master est conçu pour que les étudiants internationaux (dans mon cas, certains étaient originaires d’Allemagne, de Belgique, d’Italie, du Maroc, d’Inde et de bien d’autres pays) se sentent pleinement intégrés et soient toujours soutenus par les enseignants et les membres du corps professoral. Le fait d’être immergé dans un environnement multiculturel permet à chacun d’entre nous non seulement de pratiquer l’art de la traduction et de l’étudier sous différents angles, mais aussi de mieux connaître d’autres cultures, ce qui est essentiel dans l’exercice de notre profession.

Selon moi, l’un des points forts du programme du master réside dans l’aide apportée aux étudiants pour construire leur profil professionnel. Les enseignants et les intervenants professionnels partagent avec les étudiants leurs idées et leurs conseils pour faciliter leur insertion professionnelle, pour progresser sur le marché du travail ou encore pour devenir des spécialistes internationaux sollicités et estimés. Cette source de motivation est particulièrement précieuse pour ceux qui se lancent dans ce secteur et qui éprouvent des doutes quant à l’avenir de la traduction (notamment compte tenu de la popularité croissante de la traduction automatique). Je tiens à souligner que la mention du master sur mon CV retient l’attention des nouveaux clients et me permet de me démarquer des autres traducteurs.

Dans le cadre du master, les traducteurs débutants peuvent en outre trouver leur vocation professionnelle et se spécialiser dans divers domaines de traduction : traduction éditoriale et médiatique, traduction scientifique et technique, traduction juridique et économique, ou encore dans la localisation. Ils peuvent suivre tous ces modules et décider de celui ou ceux qui les intéressent le plus. Cette démarche est particulièrement pertinente, dans la mesure où les étudiants en traduction pensent parfois vouloir se spécialiser dans un domaine particulier faute d’avoir essayé de travailler sur d’autres types de textes. Pour ma part, je me suis vu confier, il y a quelques années, un travail de traduction juridique (russe>espagnol) qui m’a demandé énormément d’efforts, je refusais alors ce type de traduction. Cependant, après avoir suivi des cours de traduction juridique, j’ai complètement changé d’avis sur ce domaine et depuis, j’ai commencé à accepter ce type de traduction. Le master de l’Universidad de Salamanca permet aux étudiants d’aborder différents domaines de la traduction et de découvrir leur véritable passion.

Margarita Savchenkova, currently a research assistant at the Department of Translation and Interpreting under a Margarita Savchenkova, actuellement assistante de recherche au département de traduction et d’interprétation, bénéficie d’une bourse prédoctorale financée par le gouvernement régional de Castille et Léon et prépare un doctorat sur la traduction et l’histoire.

Le rapport du groupe de travail sur la spécialisation dans un domaine du projet OPTIMALE de la Commission européenne, appuyé par une multitude de recherches, discussions et débats, puis par les résultats du Translating Europe Workshop sur la spécialisation dans la formation et le développement professionnel continu des traducteurs, a mis en lumière un éventail de bonnes pratiques efficaces et pouvant être utilisées dans un programme complet de troisième cycle en traduction spécialisée. Les débouchés internationaux en font effectivement partie. À Salamanque, les étudiants peuvent se spécialiser dans des domaines tels que la traduction juridique, économique, scientifique et technique, mais aussi dans la traduction pour l’industrie de l’édition et les médias. Ils peuvent poursuivre ces spécialisations à Salamanque ainsi que dans les universités affiliées au METS, ou dans le cadre d’un double master à Heidelberg, en Allemagne. Le réseau EMT parrainé par la Commission européenne ainsi que le mémorandum d’accord avec les Nations Unies fournissent des perspectives de pratique professionnelle à l’échelle internationale, mais également des informations utiles, des ressources et une coopération pour favoriser l’insertion professionnelle de nos étudiants. Lorsque les ingrédients d’un programme de formation de traducteurs spécialisés sont sublimés par des perspectives structurées d’application des compétences en traduction dans des contextes internationaux, l’expérience d’apprentissage des étudiants n’en est que plus vaste et plus riche. Quant aux profils des diplômés, ils répondent amplement aux exigences des marchés professionnels et institutionnels.

Références

Martín Ruano, M. R., Linder, D., Toda Iglesia, F. et Sánchez Iglesias, J.J. (2013). « Aproximaciones a la especialización en la formación de posgrado en traducción ». De B. Santana López et C. Travieso Rodríguez (eds.). PUNTOS de encuentro: los primeros 20 años de la Facultad de Traducción y Documentación de la Universidad de Salamanca. Salamanca: Ediciones Universidad de Salamanca. https://gredos.usal.es/bitstream/handle/10366/131600/978-84-9012-400-0-0099-0117.pdf;jsessionid=4CB2F4AE931BBF4A636E1AB5F2A97A13?sequence=2


[i] Le programme complet pour le Translating Europe Workshop tenu le 11 novembre 2016 à l’Universidad de Salamanca est disponible ici : https://diarium.usal.es/mastertrad/files/2016/11/SPECIALISATION-IN-TRANSLATOR-TRAINING_Programme1.pdf. Le titre de l’atelier était « Especialización en formación (continua) de traductores: Retos y alternativas / Specialisation in Translator Training and Continuing Professional Development: Challenges and Choices ».

[ii] Ce rapport est publié en espagnol et en anglais. La version en anglais était disponible pendant un certain temps sur : http://www.translator-training.eu. La version espagnole du rapport, précédée par une introduction sur la contextualisation du rapport dans le cadre général du projet OPTIMALE, a été publiée sous forme d’article (Martín Ruano, Linder, Toda Iglesia et Sánchez Iglesias, 2013).

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