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Tag ‘expérience professionnelle’

De Trieste à Luxembourg… au beau milieu d’une pandémie

Mardi, mars 15th, 2022

Par Jasmine Mazzarello, , stagiaire « Livre bleu », ancienne étudiante du master en Traduction Spécialisée et Interprétation de Conférence de l’Université de Trieste

Traduction : étudiants du master “Traduction spécialisée multilingue” de l’Université de Lille dans le cadre de leur Skills Lab

2020 n’a sans doute pas été la meilleure année pour obtenir un diplôme et entrer dans le monde du travail. Déjà en décembre 2019, lorsque j’ai décroché mon diplôme à l’Université de Trieste, le manque d’offres d’emploi dédiées aux jeunes me préoccupait, principalement à cause de mon parcours en sciences humaines et sociales. Il est certain que la pandémie a renforcé ce sentiment d’incertitude dans toute l’Europe. Mon expérience a malgré tout été positive jusqu’à présent, et j’espère qu’elle pourra encourager les personnes qui terminent leurs études dans le secteur de la traduction et qui tentent de s’orienter dans un environnement en constante évolution.

La formation que j’ai suivie à Trieste se compose d’une licence en Communication Interlinguistique Appliquée suivie d’un master en Traduction Spécialisée et Interprétation de Conférence. Elle m’a permis d’acquérir des compétences propres à la traduction dans des secteurs divers et variés ainsi qu’une base solide en linguistique, le tout en italien et dans mes trois langues de travail : l’anglais, l’allemand et le français. L’approche des cours de traduction technique et juridique m’a donné l’opportunité de traiter des textes similaires à ceux que je pourrai rencontrer dans ma vie professionnelle. Les retours constants et les travaux de groupes m’ont aidée à m’améliorer de manière continue et à aborder des projets pratiques, tout en approfondissant les aspects théoriques.

Au cours de ma dernière année d’étude, j’ai pu bénéficier du programme de double diplôme au sein de la Monash University à Melbourne, en Australie. J’ai pu y développer diverses compétences, en particulier ma capacité à travailler dans des milieux hautement multiculturels. Le multiculturalisme des villes australiennes a fortement façonné les services linguistiques destinés à la population, y compris aux minorités. Celles-ci peuvent bénéficier d’aides concrètes et d’un accompagnement linguistique dans pratiquement tous les services publics. Leurs formations universitaires ne peuvent que refléter ces besoins professionnels, étant donné qu’elles proposent de nombreux cours d’interprétation de dialogue, contrairement à Trieste où l’accent est plutôt mis sur l’interprétation de conférence. Les formations se concentrent sur les secteurs du médical et du juridique, avec des stages et des opportunités professionnelles en lien avec les compétences acquises.

À sa manière bien à elle, Trieste est également le produit d’un mélange de différentes cultures, et est peut-être même la commune la plus multiculturelle d’Italie. Ces deux villes représentent, pour moi, le lieu idéal pour apprendre à bâtir des ponts entre les individus et les communautés. Elles m’ont également permis de comparer deux systèmes très différents et de tirer le meilleur des deux.

Après être retournée à Trieste pour terminer mon mémoire de fin d’études, j’éprouvais le désir de continuer à développer mes compétences dans le secteur de la traduction, et ce dans un contexte européen. J’ai donc envoyé ma candidature pour un stage « Livre bleu » (Blue Book) auprès de la Commission européenne, qui m’a donné l’opportunité de travailler au siège de Luxembourg, dans l’unité d’italien de la Direction générale de la traduction.

Mon stage Blue Book, qui a pris fin en juillet, a été une expérience incroyablement instructive qui a parfait ma formation en me permettant de mettre en pratique les compétences acquises au cours de mes années d’études à Trieste. J’ai appris à traiter tout type de texte, à mener des recherches efficaces et à résoudre des problèmes de traduction, et ce tout en justifiant mes choix. J’ai également pu consolider mes compétences linguistiques et informatiques, fondamentales à lMon stage Blue Book, qui a pris fin en juillet, a été une expérience incroyablement instructive qui a parfait ma formation en me permettant de mettre en pratique les compétences acquises au cours de mes années d’études à Trieste. J’ai appris à traiter tout type de texte, à mener des recherches efficaces et à résoudre des problèmes de traduction, et ce tout en justifiant mes choix. J’ai également pu consolider mes compétences linguistiques et informatiques, fondamentales à l’exercice du métier de traductrice à l’heure actuelle. Lors de ces quelques mois, j’ai progressé en tant que professionnelle en ayant la responsabilité de gérer des projets de traduction, en apprenant grandement des révisions de mes collègues, en développant une forte attention aux détails et en observant les coulisses de la Direction générale de la traduction de la Commission européenne. Même si ce fut de courte durée, faire partie du plus grand service de traduction au monde a renforcé ma volonté de continuer à briser les barrières linguistiques et à contribuer au projet européen qui, grâce aux traducteurs et traductrices, est disponible dans les 24 langues officielles de l’Union européenne.

Nous en arrivons maintenant au sujet de la pandémie…

La propagation de la COVID-19 a inévitablement marqué mon stage au sein de la Commission. À cause de la pandémie, je n’ai pu travailler en présentiel que deux semaines : cette courte période a été fondamentale pour apprendre à connaître mes collègues et recevoir mes missions principales. Par la suite, j’ai continué le stage à distance durant quatre mois et demi, depuis ma chambre à Luxembourg. C’était une expérience à la fois inédite, édifiante, stressante et stimulante ! Emménager dans un nouveau pays et travailler de chez moi au beau milieu d’une pandémie : ce n’est certainement pas la manière dont j’imaginais mon stage auprès de l’UE.

Pourtant, bien que cela puisse sembler absurde, j’ai pu tirer du positif de la crise sanitaire. En effet, j’ai eu l’occasion de voir de l’intérieur la réponse de la Commission européenne et, surtout, l’organisation du département de traduction et de mon unité. Les textes à traduire ont progressivement changé, toujours plus axés sur la COVID-19, sur ses conséquences économiques, sociales ou liées à l’emploi, ainsi que sur les besoins imminents de la dématérialisation. Pour un bon nombre de ces questions, des termes jamais employés auparavant ont commencé à être utilisés (tels que le nom de la maladie elle-même) : ces derniers étaient traduits et utilisés de manière uniforme, y compris au niveau interinstitutionnel. Observer cette procédure a été particulièrement intéressant et m’a permis de mieux comprendre le fonctionnement du département, tout en approfondissant les aspects plus généraux liés à la terminologie et aux questions européennes les plus urgentes, comme la transition écologique et numérique.

Donner des conseils professionnels pendant cette période s’avère très complexe pour des raisons évidentes. Je suis pourtant sûre que ma génération réussira à relever les défis de la crise sanitaire, notamment grâce à l’aide de l’Union européenne. Je sais qu’elle fera tout son possible pour continuer à se former et à vivre de nouvelles expériences professionnelles en Italie et en Europe. Au beau milieu d’une telle crise mondiale, le rôle de l’Union européenne et de la collaboration entre les professionnel(le)s chargé(e)s de rendre disponibles les informations nécessaires, à grande échelle et dans la langue cible, reste fondamental. De la même manière, la qualité des services linguistiques, garantie par des centres d’excellence comme l’Université de Trieste ainsi que toutes les universités du réseau EMT, demeure tout aussi importante. Ces services permettent de rester uni(e)s et d’affronter ensemble les défis les plus complexes et inattendus, tout comme celui que nous vivons actuellement.

Améliorer la transition de la salle de classe au lieu de travail : trouver le juste milieu grâce à un programme de stage

Mardi, mars 2nd, 2021

Par Dre Cristina Álvaro Aranda, ancienne étudiante du Master en communication interculturelle, traduction et interprétation dans les services publics de l’université d’Alcalá de Henares, en Espagne

Traduction : étudiants du master “Traduction spécialisée multilingue” de l’Université de Lille dans le cadre de leur Skills Lab

L’obtention de notre diplôme universitaire marque la fin d’une période, mais elle ouvre aussi de nouveaux horizons avec leur lot de préoccupations et de questionnements sur la tournure que prendra notre carrière professionnelle. Ai-je acquis suffisamment de connaissances durant mes études ? Suis-je prête à affronter le marché du travail ? Quelques années plus tard, je réfléchis à ces questions d’un point de vue légèrement différent. Je ne suis plus confrontée à ces problématiques en tant que jeune diplômée du Master universitaire européen en communication interculturelle, traduction et interprétation dans les services publics (Master CITISP) de l’université d’Alcalá de Henares en Espagne, mais en tant que l’une de ses collaboratrices. À présent, je m’intéresse donc à la manière dont les universités peuvent faciliter l’insertion professionnelle des étudiants.

Le marché du travail pour les traducteurs et les interprètes du service public évolue en fonction de la réalité économique, politique et sociale du secteur. Ce phénomène nécessite inévitablement des professionnels polyvalents et multidisciplinaires aux compétences transférables et dotés d’une grande capacité d’adaptation à des situations en constante évolution. Cette affirmation a récemment été confirmée par la crise sanitaire de la COVID-19, qui a mis à mal tous les secteurs du monde tel que nous le connaissons. Les universités, en tant que temple du savoir, doivent répondre à des besoins sociaux. Ainsi, la conception des programmes de formation et des programmes pédagogiques doit se plier aux demandes et aux exigences du secteur qui emploiera les futurs diplômés, tant à l’échelle nationale qu’internationale. Cependant, s’il existe des disparités entre le profil des jeunes diplômés et le monde professionnel, la transition de la salle de classe au lieu de travail peut s’avérer complexe. Le premier contact des étudiants avec le « monde réel » s’établit notamment par le programme de stage universitaire, qui leur permet d’appliquer les connaissances acquises au cours de leur formation à différentes activités professionnelles.

Le Master CITISP de l’université d’Alcalá de Henares forme depuis plus de dix ans de futurs traducteurs et interprètes dans les domaines administratif, juridique, médical et éducatif. Ces professionnels en devenir assureront par la suite les liaisons interlinguistiques et interculturelles entre les prestataires de services publics et les usagers. Pour compléter leur formation, les étudiants doivent effectuer un stage dans différents milieux et institutions (sociétés de T&I, ONG, universités, hôpitaux, tribunaux, cliniques ou écoles), leur permettant de se familiariser progressivement avec le fonctionnement interne des structures d’accueil et de tester leurs compétences, supervisés par un tuteur tout au long de cette formation. Réel point de rencontre entre l’université et le monde professionnel, les stages sont un excellent moyen de promouvoir une vision où formation et employabilité peuvent présenter une complémentarité.

En ce sens, les structures accueillant des stagiaires, et validées par les universités, jouent un rôle fondamental au niveau de l’enseignement. Elles peuvent partager avec les universités des informations sur leurs exigences et leurs attentes. Ainsi, les programmes universitaires, avec l’intervention de professionnels du secteur, peuvent à leur tour intégrer des enseignements actualisés dans les programmes de premier et de troisième cycles, ou encore dans les programmes de formation continue, permettant ainsi aux étudiants d’élaborer leur profil en fonction du contexte professionnel. L’analyse de la vision de potentiels employeurs peut se faire par le biais d’enquêtes et de journées d’information. Toutefois, au vu des progrès des réseaux sociaux, une plateforme en ligne pourrait être une meilleure option (ou, pourquoi pas, une sorte d’application Tinder pour l’emploi ?). Chaque structure d’accueil remplirait une feuille de renseignements en indiquant les missions essentielles de leur activité professionnelle, leurs critères de recrutement ou ce qu’ils recherchent chez leurs futurs employés. Définir précisément ces points aiderait le secteur à accueillir des diplômés qui ont reçu une formation en adéquation avec la réalité professionnelle en termes de missions et de besoins. Par exemple, la popularité de l’interprétation à distance ou le besoin de notions de base en édition et en mise en page de textes et d’images dans le secteur de la traduction nécessite une formation spécifique, que le Master CITISP a mise en place grâce à des ateliers complémentaires et optionnels destinés aux étudiants. Bien entendu, les universités et les employeurs ne sont pas les seuls à devoir être pris en compte. Quel que soit le programme universitaire, les étudiants des promotions précédentes partagent de précieuses informations sur les aptitudes et les compétences développées au cours de leur cursus, lesquelles se sont avérées utiles durant leurs stages ou pour leur emploi actuel.

En résumé, les programmes de stage sont une étape clé dans la transition de la salle de classe au lieu de travail, et tous les étudiants y seront irrémédiablement confrontés. En tant qu’intermédiaires entre la théorie et la pratique, nous nous trouvons dans les « limbes » qui doivent être exploités pour, d’une part, intégrer des enseignements réalistes et actualisés dans les programmes de formation qui répondent au profil des employeurs et, d’autre part, former des étudiants compétents et préparés, capables de se frayer un chemin à travers les difficultés pratiques du marché du travail et de ses besoins. Il est de notre responsabilité de créer des espaces où tous les acteurs impliqués dans la traduction et l’interprétation (dans les services publics) peuvent s’exprimer. Les employeurs doivent identifier les lacunes des étudiants qu’ils accueillent, tandis que les universités doivent non seulement accompagner les étudiants dans leur expérience, mais aussi intégrer leurs propositions d’amélioration pour les prochaines promotions. C’est précisément la synergie entre tous ces acteurs qui peut être le moyen d’améliorer notre travail.